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Des fraudes juteuses menées par des importateurs malveillants

Au mépris de la réglementation applicable en matière de traçabilité des produits alimentaires, grossistes et revendeurs étrangers malveillants usurpent l’origine française des fruits et légumes car elles bénéficient d’une valorisation plus importante. Le kiwi n’échappe pas à la fraude. Une pratique qui a poussé le BIK (Bureau interprofessionel du kiwi) à réagir et à saisir la DGCCRF.

Par sa qualité gustative et pour le savoir-faire de ses producteurs, le kiwi français se trouve au cœur d’une fraude de francisation car il apparaît plus attractif auprès des consommateurs et des vendeurs.
© Le Sillon.info - B. Ducasse
 

Au sommaire de notre dossier Kiwi de l'Adour

Le système de francisation de fruits est bien rodé : les importateurs achètent des kiwis italiens et grecs, à un prix inférieur au fruit français et le revendent sous l’étiquette “Origine France” à un tarif nettement supérieurs à celui des kiwis italiens ou grecs. Un manège d’achat/revente qui leur permet de dégager des marges substantielles illicites.

«Sur des dossiers récemment jugés, ils parviendraient à tirer des marges faramineuses en proposant leurs faux kiwis français entre 14 et 17% moins cher en moyenne. Dans l’affaire de Privas, en Ardèche, jugé le 9 juin 2020, c’était 34% de moins», souffle Adeline Gachein, la directrice du BIK (Bureau national interprofessionnel du kiwi).

Ce qui a mis la puce à l’oreille de plusieurs professionnels de la filière, ce sont les prix défiant toutes concurrences affichés par les importateurs. «Au vu des quantités proposées et des prix, cela paraissait impossible de présenter du kiwi français à ces tarifs-là», analyse la directrice de l’interprofession.

Cette situation exaspère les professionnels puisque ces agissements ont pour conséquence de déstabiliser la filière de production et de commercialisation du kiwi français : elles viennent augmenter l’offre de kiwis disponibles sur le marché, ce qui entraîne, mécaniquement, une baisse des prix.

Discrédit moral et financier

En achetant des kiwis à moindre prix, les sociétés qui pratiquent la francisation peuvent se permettre de commercialiser en dessous du marché (14 à 17%). Cela leur permet de se placer pour obtenir des parts du secteur, entraînant ainsi l’ensemble du marché dans une spirale descendante et obligeant les opérateurs honnêtes à réduire leurs marges, voire perdre de l’argent pour conserver des marchés.

Mais ce n’est pas la seule conséquence pour la filière française de kiwis. Cette fraude discrédite directement l’authenticité et la valeur de l’origine France. «Ces opérations nuisent à tout le travail de communication entrepris notamment par notre interprofession et par les acteurs de la filière.»

Pour en finir avec cette situation, la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a été saisie par le BIK pour prouver que des volumes de kiwis italiens avaient été francisés. Le BIK s’est porté partie civile pour l’ensemble de ces procès. Après avoir été alertée le 1er mars 2017 par l’interprofession, la DGCCRF a conduit une enquête au sein de la filière française de négoce du kiwi afin de contrôler la loyauté des informations relatives à l’origine des kiwis commercialisés en France et l’existence éventuelle de pratiques de francisation durant la période de mars 2015 à mars 2018. En parallèle, des matières actives homologuées en UE mais non en France sur des kiwis étiquetés origine France ont été détectées.

L’ouverture de cette enquête a conduit aux contrôles d’une quarantaine de structures et a abouti à l’établissement de cinq procès-verbaux pour délit de tromperie sur l’origine concernant sept entreprises (six sociétés françaises et une entreprise italienne). Par ailleurs, la francisation a pénalisé financièrement les producteurs français : en entraînant les prix vers le bas, les kiwiculteurs ont été moins bien payés.

Mais le dossier n’est pas encore clôturé. «En 2021, deux procès ont eu lieu à Montauban. Un autre est en attente au tribunal d’Agen. Nous restons en veille», précise la directrice du BIK. Depuis l’enquête de la DGCCRF, le prix payé aux producteurs a crû de plus de 60%. Ce manque à gagner représente plus de 88 millions d’euros sur les trois récoltes de l’enquête. Avec une meilleure rémunération, ce sont 1.265 hectares de vergers de kiwis qui auraient pu être plantés…

B. Ducasse

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