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Des kiwis rouges et jaunes produits sous serres à Aire-sur-l’Adour

Dans les Landes, à Aire-sur-l’Adour, Patrice Mallet a rompu avec son quotidien de céréalier. Installé depuis 1988 aux côtés de son frère, il exploite des grandes cultures sur près de 250 hectares de SAU. Mais en 2011, la fratrie a souhaité impulser une nouvelle dynamique en se lançant dans la production arboricole. Patrice Mallet décide alors de planter en pleins champs un hectare de kiwaï (Actinidia arguta) et 40 ares d’Hayward. «De suite, cette culture m’a séduite», glisse-t-il, en préambule.

Aux côtés de son technicien Fabien Bec (en rouge), Patrice Mallet veille au grain dans sa serre de deux hectares et demi couvert par son verger de kiwis rouges et de kiwis jaunes.
© Le Sillon.info - B. Ducasse
 

Au sommaire de notre dossier Kiwi de l'Adour

Cette diversification va s’avérer devenir un vrai coup de cœur pour l’Aturin Patrice Mallet et le conduire à solliciter une nouvelle fois sa coopérative Scaap Kiwifruits pour étoffer les variétés de son verger, notamment en kiwis jaunes. «Mais entre-temps, la PSA (N.D.L.R. : bactérie véhiculée par le vent et la pluie) avait décimé pas mal de plantations. La Scaap nous a conseillé alors de faire cette production plutôt sous serre pour être tranquille. Et c’est comme ça que l’aventure a démarré.» En 2014, Patrice Mallet se tourne alors vers la société agenaise Reden Solar, spécialiste des serres vitrées dotées de panneaux photovoltaïques.

Après quatre années de préparation, le projet aboutit en 2018. «La serre ne m’a rien coûté. L’entreprise s’est occupée du terrassement et a réalisé tous les aménagements nécessaires. L’espace est en réalité mise à notre disposition et le revenu photovoltaïque leur revient.» L’édifice tout vitré impose par sa grandeur. Sur plus de 2,5 ha, le verger composé «de 60% de kiwis jaunes et 40% de rouge» y a été planté en 2019.

Pour Patrice Mallet, la préférence va clairement au rouge. «C’est un fruit encore peu commun qui, a un bel avenir devant lui. Je pense sincèrement qu’il va cartonner. Sur dix personnes qui le goûtent, il y en a neuf qui adorent» lance-t-il avec enthousiasme.

Un caractère expérimental

À travers son nouveau terrain de travail, le néoserriste voit d’innombrables intérêts. «Pour moi, la serre offre le principal atout qu’on puisse produire des variétés qu’on ne peut pas cultiver dehors. Ça limite également le gel au débourrage car on gagne facilement 3,4 degrés», explique-t-il. En réalité, grâce à la modulation des vitres, le producteur peut jouer sur tout un panel de leviers immaîtrisables dehors. «L’an dernier, par exemple, c’est le vent qui m’a gelé mon verger à l’extérieur.» Et il n’observe pas d’effet inverse. «L’été, c’est un peu la surprise, mais on n’étouffe pas sous la serre. L’espace est ombré avec les panneaux. Il fait moins chaud que dehors», assure-t-il.

2021 a été sa première année en production. Et elle s’est avérée fructueuse. «L’avantage, aussi, en serre, c’est qu’on gagne un an sur le développement des plants. Je pense qu’on atteindra ici les objectifs de rendement fixés à 25-30 tonnes/hectare», prédit Fabien Bec, technicien plantation à la Scaap kiwifruits. Mais pas question pour autant de précipiter les choses. «Certes, on a eu une belle récolte. Et au vu des arbres, on aurait pu se dire qu’on rentre en pleine production. Mais on a préféré faire tomber des fleurs pour s’assurer d’un bon ancrage racinaire», poursuit le spécialiste.

L’irrigation de la serre est pilotée à partir d’un système de sondes réparties dans le verger. «Au début, j’ai fait une erreur car j’ai voulu gérer ce point comme à l’extérieur… J’apportais une petite quantité d’eau tous les deux jours et surtout, je laissais diriger l’ordinateur de la serre la ventilation. Je me suis trompé car je me suis déclenché une pousse de Botrytis sclérotinia sur les kiwis jaunes.»

Dorénavant, il arrose une fois par semaine et laisse ventiler la serre en même temps. Étant le premier coopérateur à produire sous serre, le verger de Patrice revêt un vrai caractère expérimental. «C’est tellement récent qu’on a beaucoup de choses encore à apprendre sur la taille, la pollinisation», souligne l’Aturin. Mais d’ores et déjà, certains potentiels se dégagent. «En fumure par exemple, on amende de moitié en serre vu qu’on a aucun lessivage et donc aucunes pertes. L’an dernier, j’étais sur 20 unités d’azote.»

Mais des questions aussi subsistent. «Pour les conditions de récolte, on ne sait pas trop encore. Le fruit est lisse et plus fragile car son épiderme est plus fin car il n’a pas été habitué comme à l’extérieur aux agressions», conclut-il. Convaincu, il envisage déjà une nouvelle vague de plantations de kiwis rouge d’ici quelques semaines…

B. Ducasse

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