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L’avenir incertain de la filière semencière tricolore

Les professionnels de la filière semencière ont plaidé pour l’accès à toutes les biotechnologies. L’enjeu pour la France est de rester leader mondial des semences.

file-Freinée dans l'accès à toutes les biotechnologies, la France risque de perdre sa position de leader.
Freinée dans l'accès à toutes les biotechnologies, la France risque de perdre sa position de leader.

Dans l’«avenir rêvé» par le responsable des affaires scientifiques chez RAGT semences, Olivier Lucas, «toutes les biotechnologies pourront être utilisées». «La sélection sera plus efficace et rapide», a-t-il imaginé, rappelant que huit à dix ans sont aujourd’hui nécessaires pour sortir une nouvelle variété. Avec «un progrès génétique boosté, les variétés seront mieux adaptées au climat, au sol, aux usages». Olivier Lucas a aussi évoqué une optimisation des coûts de recherche, rendant accessibles les nouvelles biotechnologies à un maximum d’entreprises.

Le scénario inverse vire au cauchemar: «Les solutions seront trouvées ailleurs». D’après lui, l’accès restreint aux biotechnologies conduira à une filière des semences de plus en plus concentrée. «Il y aura une délocalisation des laboratoires, comme c’est déjà le cas pour les OGM». Autre menace, «la France perdra sa position de leader» des semences, d’où «une dépendance vis-à-vis d’autres pays».

L’acceptation du grand public reste un frein

La position de l’UFS (Union française des semenciers), au nom de laquelle s’est exprimé Olivier Lucas, est de défendre «une idée plus flexible» de la réglementation européenne sur les biotechnologies. «La directive 2001/18/CE (relative aux OGM) est un système assez fermé, où toute innovation n’a pas sa place», a-t-il déploré, citant notamment des techniques de mutagénèse.

Un frein aux biotechnologies demeure dans leur acceptation par le grand public. En cela, Jean Wohrer, chef du service réglementation au GNIS (interprofession), pointe une menace. «Dans le cadre du projet de règlement sur la production bio, le rapporteur du Parlement européen propose de créer une notion de sélection biologique», s’est-il inquiété, redoutant à la clé l’exclusion des biotechnologies. «J’imagine les dégâts dans le grand public si ça passe», car il y a là l’idée de «semences différentes des autres», a souligné Jean Wohrer. Le spécialiste du GNIS relève le paradoxe entre le refus de toute innovation en dehors de la sélection par croisement, et l’«attitude très ouverte des agriculteurs sur les OGM».

Une complexification du cadre réglementaire

Le président de la FNAMS (agriculteurs multiplicateurs), Jean-Noël Dhennin, a d’ailleurs signalé que sa fédération a envisagé dans les années 2000 la multiplication de betteraves transgéniques. Interrogé lui aussi sur les perspectives à l’horizon 2050, il a estimé que «la pression démographique va permettre d’effacer certaines questions existentielles» et de ramener l’agriculture au premier plan. Jean-Noël Dhennin a noté le phénomène de regroupement des entreprises semencières, quand la FNAMS se montre attachée à la diversité. «Les coûts de recherche sont importants, s’est-il inquiété. Tous les acteurs pourront-ils suivre?».

La réglementation peut également bloquer l’utilisation de ressources génétiques. «On assiste à une complexification du cadre réglementaire» sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages, a considéré Christiane Duchêne, responsable des affaires réglementaires chez Limagrain. Exemple, avec le Protocole de Nagoya, dont la mise en œuvre est prévue en France dans le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité. Un texte qui présente, selon elle, un risque de complexité, de lourdeurs administratives, de manque d’harmonisation, et peut conduire à bloquer l’utilisation de ressources génétiques. «L’avenir verra soit une augmentation des disparités, soit l’émergence d’un système harmonisé, plus simple, pour travailler en toute sérénité», a-t-elle estimé.

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