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Course landaise : l’art de l’esquive au panthéon de la culture

Pour gagner son inscription à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, les ambassadeurs de la course landaise ont suivi des cours à la fac de Pau. Ils ambitionnent maintenant de la positionner à l’international en gagnant la reconnaissance de l’Unesco.

file-La course landaise a été inscrite à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel de la France en septembre 2020. © Gilbert Delahaye/Le Sillon.info
La course landaise a été inscrite à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel de la France en septembre 2020. © Gilbert Delahaye/Le Sillon.info

Défini internationalement en 2003 par l’Unesco (1), le patrimoine culture immatériel (PCI) englobe l’ensemble des pratiques vivantes, expressions ou représentations qu’une communauté humaine reconnaît comme intégré à son patrimoine, à son identité parce qu’elles procurent à ce groupe humain un sentiment de transmission et d’identité. Il ne s’arrête donc pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.

Des critères que coche généreusement la course landaise mais qui avait vu une première candidature s’égarer dans le labyrinthe du ministère de la Culture chargé de la mise en œuvre du PCI dans l’Hexagone… «Fin 2010, Jean-Claude Grémiaux alors vice-président de la Fédération française de la course landaise et président du comité d’Armagnac, s’était entouré d’un groupe d’une dizaine de passionnés aux compétences diversifiées pour mener à bien ce projet» rappelle Jean-Claude Lalanne à l’époque président de la FFCL. Le travail d’une année pleine au cours de laquelle s’étaient enchaînées les réunions pour répondre au pointilleux cahier de charges, définir la manière de monter le dossier, de présenter et doser les arguments pour capter l’intérêt des membres du jury se perdent, alors, dans les méandres des couloirs du Palais Royal. «Notre dossier n’a pas dû se trouver dans la bonne file d’attente au bon moment et quand nous nous en sommes inquiétés en février c’était trop tard !».

Une méthodologie adaptée

En juillet 2017, encouragé par Isabelle Chavé, conservateur en chef du patrimoine au ministère de la Culture, rencontrée à Aignan, le nouveau président Frank Serve demande à Michel Lalanne, devenu plus disponible, de coordonner une nouvelle candidature avec une équipe de bénévoles motivés. «Il fallait reprendre le contenu du dossier d’origine en le présentant différemment, enlever ce qui ne semblait plus convenir, ajouter d’autres éléments qui ne nous avaient pas paru pertinents 5 ans auparavant».

Au sein du groupe, on ressent alors le déficit de savoir-faire dans la rédaction d’un projet ambitieux, d’autant plus que la doctrine du ministère avait évolué sur le fond et la forme depuis la première candidature. «Il fallait par exemple minorer l’enracinement historique de la course landaise et argumenter sur le patrimoine vivant parfaitement inséré culturellement et économiquement dans son territoire. Il fallait aussi réécrire toute la partie relative au bien-être animal» retrace Michel Lalanne.

Pour donner des moyens à leurs ambitions et répondre aux idées dominantes du moment, les membres du groupe s’engagent alors dans une formation “Patrimoine et musées/valorisation et médiation des patrimoines” codirigée par Patricia Heiniger-Casteret à l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Un cursus idoine pour mettre en œuvre la bonne méthodologie de constitution d’un dossier de candidature auquel François Bordes, alors inspecteur du patrimoine et coursayre originaire de Montfort-en-Chalosse, apporte sa précieuse contribution.

Culturellement correct

Pour Patricia Heiniger-Casteret, maître de conférences en anthropologie à l’UPPA, la course landaise correspond bien aux critères du PCI : une communauté intergénérationnelle, en adaptation avec les évolutions sociétales, intégrée dans un écosystème complexe associant éleveurs, artisanats, musiciens, formation des sportifs et des cadres arbitraux, programmes pédagogiques… Ouverte au partage, l’implication des femmes marque une des évolutions contemporaines fortes de la course landaise qui possède ses espaces culturels et ses lieux typiques comme supports de sa pratique.

Les navettes répétées entre FFCL et ministère placent le dossier sur les bons rails et la présence de Monsieur Stéffanini, l’ambassadeur de France auprès de l’Unesco, lors de la course de la Corne d’Or de Nogaro le 14 juillet 2018 est perçu comme un bon signal. Il passe au vert quand la direction générale des Patrimoines officialise l’inscription de la course landaise à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel de la France en septembre 2020. «On a marqué l’essai qui nous inscrit dans l’institution française. On veut, maintenant, le transformer pour valider la reconnaissance de l’Unesco. Une équipe va reprendre le dossier pour le retravailler selon des critères d’évaluation et des regards différents. On a appris qu’au-delà du fond, il y avait le culturellement correct…» témoigne Michel Lalanne.

Gilbert Delahaye

1. Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

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