Revenu 2012 : les écarts se creusent encore
Pour la troisième année consécutive, les revenus des agriculteurs sont évalués en hausse. Mais, autour d'une moyenne de 4% de progression, les écarts sont considérables: +46% pour les grandes cultures, - 9% pour les producteurs de viande bovine et - 12% pour les producteurs de lait.
Réagissant à la publication des comptes de l'agriculture, le ministre de l'agriculture a pris acte, le 12 décembre dernier, «de cette évolution et des disparités historiquement marquées entre filières». Selon Stéphane Le Foll, «ces résultats me confortent dans l'idée que la répartition des crédits de la PAC doit être rééquilibrée en faveur des filières d'élevage. Ils soulignent la nécessité de mettre en place des dispositifs de lissage de la volatilité des cours des matières premières».
Ce communiqué du ministère de l'agriculture souligne également les bons résultats pour les céréales, les oléoprotéagineux, le maraîchage, l'arboriculture, l'élevage hors-sol, mais aussi les baisses de revenu pour l'élevage bovin viande et lait, l'élevage ovin et la viticulture.La FNSEA souligne «les dégàts de la volatilité»
Pour la FNSEA, qui a réagi à la publication des revenus de l'agriculture le 12 décembre, ces données reflètent «les dégàts de la volatilité». La centrale syndicale rappelle qu'en 2009, «le revenu de la ferme “France†enregistrait une baisse supérieure à 30%; les revenus chutaient dramatiquement de plus de 40% en élevage laitier, en arboriculture fruitière et en grandes cultures».
La FNSEA estime que «ces variations extrêmes traduisent la volatilité des prix qui s'est installée dans le paysage agricole depuis 2006, depuis que la politique agricole commune ne joue plus son rôle de régulateur et abandonne ses instruments de gestion de marchés, depuis que l'Europe concède à tour de bras dans les négociations internationales». Le syndicat attend donc «des gouvernants européens qu'ils se fixent comme priorité absolue de réinstaurer des outils de régulation dans la prochaine PAC, comme au niveau mondial conformément aux engagements du G20».
Lors d'une conférence de presse le 13 décembre dernier, le président de la FNSEA constatait que «l'agriculture se révèle être une base stable de développement dans les territoires». Cependant, les statistiques européennes révèlent de grandes performances de revenu dans les pays du nord de l'Europe. «On va regarder les facteurs et conditions de production qui expliquent les performances de ces pays», a-t-il annoncé.APCA: les écarts creusés entre filières
Dans un communiqué diffusé le 12 décembre, l'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture) analyse les comptes de revenu de l'agriculture et s'inquiète vivement face au secteur de la viande bovine: «La baisse de 6% des volumes en viande bovine est un véritable signal d'alarme. Elle aura des impacts sur l'emploi et la vie dans les territoires et menace la diversité de nos agricultures», affirme le communiqué de l'APCA.
Selon le président des chambres d'agriculture, Guy Vasseur, «nous sommes confrontés à un contexte économique qui creuse les écarts de revenus entre agriculteurs et entre filières. Les décisions européennes et françaises à venir devront répondre à cet enjeu, en confortant la diversité de nos filières et en créant des synergies plus fortes entre elles. À titre d'exemple, un plan protéines s'inscrit pleinement dans une telle démarche».Les éleveurs allaitants au plus bas de l'échelle
«À nouveau au plus bas de l'échelle des revenus en 2012, à 115000euros par actif, selon les comptes de l'agriculture, soit à peine 40% du résultat moyen agricole, les éleveurs de bovins à viande ne parviennent toujours pas à émerger du marasme», affirme la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué de presse du 12 décembre. Les raisons sont connues, entre autres, la hausse des coûts de production et la pression constante de l'aval de la filière sur les prix.
La FNB demande que soient «renforcées les mesures de régulation des filières et de gestion des aléas économiques» pour permettre une hausse du prix à la production. En outre, la Fédération nationale bovine interpelle le ministre de l'agriculture pour qu'il propose à Bruxelles «la possibilité d'attribuer une aide différenciée à l'ensemble des surfaces fourragères, en complément du soutien couplé à l'animal».Grandes cultures: une occasion pour investir
Pour Philippe Pinta, président d'Orama (syndicat des producteurs de grandes cultures), qui a réagi à la publication des revenus agricoles dans un communiqué, «la progression des revenus est une opportunité pour investir, pour produire plus et produire mieux, libérer la productivité, mettre en place un mécanisme de lissage des revenus face aux aléas».
L'organisation des producteurs de grandes cultures souligne également que ces revenus ne doivent pas «occulter une progression substantielle des différents postes de charges d'exploitation». Elle rappelle aussi l'impact de la hausse des grandes cultures sur l'élevage et le rôle du fonds de modernisation céréaliers-éleveurs à ce sujet.