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USA : les dossiers chauds agricoles que le nouveau président va trouver sur son bureau

Donald Trump laisse, ce 20 janvier, au nouveau président des États-Unis Joe Biden quantité de dossiers compliqués à gérer pour l’agriculture américaine, depuis les relations commerciales avec la Chine et l’Europe, en passant par la concurrence et les défis climatiques.

file-Joe Biden s'installe à la Maison Blanche ce 20 janvier.
Joe Biden s'installe à la Maison Blanche ce 20 janvier.

Alors que Joe Biden s’installe à la Maison Blanche ce 20 janvier, il va devoir plonger les mains dans nombre de “dossiers chauds” où les produits agricoles sont très concernés. Avec quatre membres de son équipe gouvernementale aux premières loges. Antony Blinken, en premier lieu, nommé chef de la diplomatie en remplacement de Mike Pompeo. Ce diplomate aura la haute main sur les relations multilatérales. Francophile, il parle le français pour avoir suivi des études à Paris.

L’ancien Secrétaire d’État John Kerry a, de son côté, été nommé émissaire de Joe Biden sur le climat. Ses positions politiques auront donc une influence considérable sur l’agriculture américaine. Et il faudra aussi compter avec le Secrétaire d’État au commerce (USTR), en charge des exportations et de la balance commerciale, et le Secrétaire d’État à l’Agriculture (USDA), probablement une femme, qui aura la main sur la politique agricole.

La même voie que Trump ?

Pour le futur secrétaire d’État à l’Agriculture, l’héritage laissé par Donald Trump n’est pas mauvais. Après deux ans de guerre commerciale, l’accord signé avec la Chine le 14 février 2020 a été réellement suivi d’effets. La Chine a importé des États-Unis des tonnes de porcs, de volailles, de bœufs (aux hormones !), de soja, de blé, de maïs et autres produits de la mer, pour un montant de 27 milliards de dollars au total au cours des neuf premiers mois de 2020.

Les farmers américains, qui étaient les premières victimes de la guerre commerciale de 2018 et 2019, se frottent les mains. Les prix du porc se sont envolés et la tonne de soja valait 435 $ le 24 novembre à Chicago, au plus haut depuis… sept ans ! Que vont faire Joe Biden et sa ministre de l’Agriculture de ce succès ? L’équipe Biden va-t-elle suivre la voie de Donald Trump qui prévoit une seconde phase pour faire en sorte que les importations chinoises atteignent 500 milliards de dollars, soit l’équivalent des importations américaines de Chine afin de rééquilibrer la balance commerciale ?

Nul ne sait. D’autant que la demande chinoise et mondiale, croissante de produits agricoles n’est pas sans effet sur le climat. Il y a des conséquences sur la déforestation, et pas qu’au Brésil. Les paradoxes risquent d’apparaître vite. Le poids de John Kerry dans la nouvelle administration sera à prendre en compte. Donald Trump n’avait pas ce problème. Pour lui, le business était prioritaire…

«Deal du siècle»

Mais la stratégie de l’ancien président consistant à rejeter le multilatéralisme et jouer les accords bilatéraux, n’a pas eu que des effets positifs. Il a abandonné le terrain de zones de libre-échange plus larges qui ne favorise pas la puissance économique américaine. La Chine, au contraire, a investi ce terrain et a réussi à créer une énorme zone de libre-échange avec dix pays de l’Asean, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, des pays pourtant considérés comme des alliés des États-Unis.

Ce “deal du siècle” devrait permettre, à terme, la suppression de barrières douanières pour 30% du PIB mondial. Et les terres agricoles en Australie et en Nouvelle-Zélande pourraient devenir un véritable garde-manger pour les Chinois même si d’aucuns estiment qu’il faudra des années pour atteindre cet objectif. Chaque ligne de produit — laitier, viandes, fromages, vins, fruits etc. — devra faire l’objet d’une analyse ciblée des normes de fabrication, des taxes, et autres barrières douanières. Un travail considérable pour parvenir à des relations commerciales équitables.

Mais la Chine et les États-Unis ont montré, par leur accord de février 2020, que tout peut aller vite. L’exécution de cet accord a abouti à des dizaines de milliards de dollars d’importations. Joe Biden devra donc observer de près l’évolution de cette nouvelle zone de libre-échange avec l’Asean et voir si elle nuit à l’influence des États-Unis. C’est probable. D’autant que la Chine n’est pas forcément ravie de l’arrivée de Joe Biden. Le pays a mis plus de huit jours à le féliciter de son élection. Les réponses à apporter ne seront pas faciles à trouver.

OMC : solution négociée ?

Enfin, l’Europe. Normalement, Joe Biden est un ami des Européens. Il aurait le sens de l’intérêt commun des Occidentaux face à la Chine, à la Russie et au Moyen-Orient. Or, il trouve sur sa table les droits de douane de 10 à 25% imposés sur les vins, les fromages, des huiles d’olives, des spiritueux notamment, pour un montant de 7,5 milliards de dollars, suite à des aides illégales accordées à Airbus. Et l’Europe vient de faire de même, sur un montant qui pourrait atteindre quatre milliards de dollars de taxes pour des aides à Boeing. Elle taxe du blé, des huiles végétales, du tabac, des patates douces, des fruits, des jus de fruits, des alcools, du ketchup, du chocolat…

L’Europe appelle à des négociations sur ces deux litiges vieux de 15 ans tranchés par l’Organisation mondiale du commerce. La solution devra être négociée par Joe Biden et son secrétaire d’État à la Diplomatie, Antony Blinken avec les autorités européennes. Les producteurs des deux côtés de l’Atlantique attendent la levée des taxes avec impatience.

Est-ce tout ? Non. Joe Biden et Antony Blinken pourraient aussi avoir une influence sur le Brexit, tant la nouvelle administration n’y est pas favorable, ce qui pourrait aider l’Europe face au Royaume-Uni dans les négociations en cours. La géopolitique n’est pas une mince affaire. L’élection de Joe Biden aura bien des répercussions. Jusque dans nos campagnes…

 

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