Négociations UE/Mercosur : le mais européen en danger
La production de mais en Europe sera-t-elle, une nouvelle fois, sacrifiée sur l'autel des négociations internationales ? Le projet d'accord de libre-échange proposé par l'Union européenne aux pays de l'Amérique du Sud fait craindre le pire.
Des dispositifs de réduction de droits de douane existent déjà au niveau communautaire. Le plus important est le mécanisme dit « abatimento », qui permet d'octroyer des abattements de droits de douane pour faciliter l'approvisionnement de la péninsule ibérique en mais d'origine de pays tiers. Pour mémoire, ces contingents représentent 2,5 MT de mais et 300.000 t de sorgho.
Dans le cadre du pacte de stabilité des Balkans, les importations de mais serbe et croate se font sans droit vers l'UE. N'oublions pas que ces deux pays cultivent près de 2 millions d'hectares de mais. Pourquoi ouvrir encore plus le marché lorsqu'on sait que cette année, plus de 50 % des importations de mais dans l'UE viendront du Brésil et d'Argentine ? 2 Une protection aux frontières qui limite le risque de dumping sans pour autant pénaliser les consommateurs européens.
Le calcul du droit à l'importation est calé sur une différence entre un prix seuil (155 % du prix d'intervention) et un prix de mais américain rendu Rotterdam. Ce mécanisme de protection ne fonctionne que lorsque le marché est en deçà du seuil et ne vient pas surenchérir le prix du mais en situation de flambée des prix des céréales. Il garantit donc une protection du marché du mais lorsque les prix sont bas et permet à l'Europe de conserver une capacité de production en évitant le dumping de certains pays tiers. Par contre, dès que le prix de marché dépasse 157 €/t, le droit de douane est nul. Les consommateurs ont donc accès à différentes origines, sans contraintes tarifaires. 3 Conséquences d'une libéralisation du marché des céréales
Une libéralisation du marché des céréales avec le Mercosur serait dramatique pour le mais européen car :
- elle empêcherait l'UE d'arriver à une autosuffisance alors que le potentiel de production existe. Avec l'élargissement, l'UE a accueilli de gros pays producteurs de mais comme la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie. La montée en puissance de ces pays sera compliquée par une concurrence exacerbée sur les marchés communautaires,
- elle se matérialiserait par une perte de 3 à 5 milliards d'euros pour la filière mais communautaire et donc pour l'ensemble de l'économie européenne
- Elle conduirait à terme les filières animales européennes à une double dépendance (soja/mais) qui fragiliserait encore plus leurs positions sur les marchés.
- Elle serait un levier important offert aux USA pour demander les mêmes avantages lors de futures négociations internationales.
Dans le même temps, l'UE négocie également avec le Canada. On pourrait s'orienter vers une libéralisation du marché des céréales et en particulier des céréales fourragères. La filière serait alors prise en étau entre le mais sud-américain et du blé fourrager canadien.
Cédric Poeydomenge,
directeur général adjoint de Maiz'Europ' et de l'AGPM