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Les masques made in Béarn de Nathalie Platteau

Kinésithérapeute à Oloron-Sainte-Marie, Nathalie Platteau a lancé un concept de fabrication de masque validé par le corps médical afin d’apporter son écot face à la pénurie de matériel de protection. Son idée a été reprise sur Paris, La Rochelle, Le Cap-Ferret et même en Belgique. 300 unités ont déjà été confectionnées en quelques jours.

file-Derrière sa machine à coudre, Nathalie Platteau assemble les trois épaisseurs qui composent les masques de protection.
Derrière sa machine à coudre, Nathalie Platteau assemble les trois épaisseurs qui composent les masques de protection.

La France manque de masque. Pour équiper les services de santé, en première ligne dans la bataille contre le Covid-19, le gouvernement vient de passer commande d’un milliard d’unités à la Chine. Et ce mardi, en visite dans le Maine-et-Loire, le Président de la République a souhaité «l’indépendance pleine et entière» de la France «d’ici la fin de l’année» dans la production de masques de protection. «Fin avril, nous serons à plus de 10 millions» de masques fabriqués en France et «nous continuerons cet effort», a déclaré Emmanuel Macron.

Dans la France profonde, il est des gens qui ont su, très tôt, prendre conscience de la gravité de la situation et ont décidé agir. À l’image de Nathalie Platteau, une kinésithérapeute d’Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques) : «Quand j’ai vu que ça allait se développer en pandémie, j’ai tout de suite pris conscience qu’il faudrait d’énormes quantités de masques.» Formée à la médecine chinoise, cette jeune Belge est allée trois fois en Chine lors de ses études : «Là-bas, le port du masque est fréquent. Chez nous, ce n’est pas dans notre culture. Tout cela m’a énormément tourmenté.»

Nathalie aime aider son prochain. C’est dans son ADN. Alors, l’idée de se sentir inutile l’a taraudé : «C’est bizarre à dire, je pressentais que nous allions être en manque. Je me suis dit que ce n’était pas possible, qu’il fallait que je fasse quelque chose… Oui, mais quoi ?» Et c’est dans la nuit précédant l’annonce du confinement (17 mars) qu’elle se réveille en sursaut avec l’idée de fabriquer des masques de protection. «Il était 5h00 du matin et je me suis dit : tu peux le faire. Je me suis levée et j’ai établi le concept. Dans la mesure où la matière première viendrait inévitablement à manquer, il fallait fabriquer quelque chose de façon simple et efficace avec ce que l’on pouvait avoir sous la main.»

Un tuto sur Youtube

Mais encore fallait-il que son idée soit validée par le corps médical. Alors Nathalie fait jouer son réseau. Elle adresse dans la matinée même son tutoriel de fabrication au CHU de Grenoble qui lui délivre le protocole. Elle peut alors se lancer dans la bataille. Dans la matinée du 17 mars, elle amène un exemplaire de sa création, qui compte trois épaisseurs de tissus, au centre hospitalier d’Oloron. Là, l’hygiéniste lui délivre la validation. Aussitôt, elle se met au travail. À midi, elle en a réalisé cinq…

Mais Nathalie sait qu’on ne gagne pas une guerre seule, alors elle s’entoure d’une armée de petites mains : «J’ai une amie couturière, Sandrine Arriubergé, qui s’est immédiatement proposée.» Autour des deux femmes, d’autres arrivent pour renforcer les effectifs : «Deux dames de Gan en fabriquent aussi, et la quasi-totalité du village d’Escot.» Déjà plus de 300 masques ont été distribués à divers professionnels du secteur géographique.

Un mode d’emploi vidéo en quatre parties est mis en ligne sur Youtube. Son concept a été repris sur Paris, La Rochelle, Le Cap-Ferret et même en Belgique : «J’ai reçu des appels de partout pour me demander des conseils.» Pour autant, la jeune femme tient à rappeler que les masques ne sont qu’une partie infime de la lutte contre le Covid-19 : «La lutte la plus efficace, c’est de jouer à fond le jeu des règles de sécurité. Avoir des masques n’autorise pas à faire n’importe quoi.»

Don de la Fondation Crédit Agricole

Faire des masques en tissus a un coût, que toutes ces couturières, professionnelles ou pas, assument de leur poche. Dès qu’il a eu vent de cette initiative, Alain Pélut, président de la caisse locale du Crédit Agricole, a réuni son conseil d’administration en urgence. «On doit tous être solidaire. Nous pouvions le faire, on se devait de le faire. Alors j’ai demandé et obtenu à l’unanimité l’obtention pour l’équipe de Nathalie d’une bourse de 1.000 euros.» C’est, du reste, la toute première caisse du Crédit Agricole à l’avoir fait. Alain Pélut et son équipe n’en sont pas restés là. Une cagnotte en ligne (en savoir plus >>>) et un compte bancaire spécialement dédié ont été ouverts par l’agence locale sur lequel ont été versés, là encore, 1.000 euros.

Alain Pélut et Nathalie Platteau forment une vraie équipe : «On se voit très régulièrement. Pour ma part, j’ai une exploitation agricole, mais cela passe un peu au second plan. Le travail s’accumule certes, et alors ? Il sera toujours temps de le faire. L’important, c’est la santé de tous. Nous avons la chance d’être plus épargné que d’autres régions, mais qui peut dire ce qu’il arrivera dans les jours et semaines à venir. Les batailles de demain se préparent et se gagnent dès aujourd’hui, alors, il n’y a pas à réfléchir», conclut-il.

L’élan de générosité ne faiblit pas : «Des gens nous amènent régulièrement des draps. Tout le monde ne peut pas aider de la même façon, mais on sent que chacun veut aider à sa manière», explique Nathalie qui reconnaît son émotion, avant de conclure : «À présent, ce qui nous manque surtout ce sont des draps-housses et des élastiques.»

Fabrice Borowczyk

Les tutos de fabrication des maques sur Youtube >>>
La cagnotte en ligne >>>

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