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La litière malaxée et compostée, une solution inédite de paillage

Encore méconnue en France, la litière malaxée et compostée permet d’avoir une zone de couchage sèche et homogène, tout en faisant des économies de paille. Une technique exigeante mais gagnante adoptée par le GAEC des Écureuils à Lamothe (Landes), mais qui est encore confidentielle dans l’Hexagone.

file-Installé sur la commune de Lamothe, Fabien Darrieutort (à gauche) a témoigné de son expérience de la litière malaxée et compostée pour illustrer la présentation de François Carrère, ingénieur lait à la chambre d’agriculture.
Installé sur la commune de Lamothe, Fabien Darrieutort (à gauche) a témoigné de son expérience de la litière malaxée et compostée pour illustrer la présentation de François Carrère, ingénieur lait à la chambre d’agriculture.

Installé à Lamothe (Landes), sur le GAEC des Écureuils, Fabien Darrieutort est à la tête d’un troupeau de 130 vaches laitières. En 2016, alors que son élevage est confronté à de nombreux problèmes de mammites, il envisage de remplacer son aire paillée classique par des logettes. «Mais la conjoncture laitière ne me le permettait pas…». Il réfléchit à réduire le nombre d’animaux pour diminuer l’humidité de la litière, responsable de ses problèmes sanitaires. Mais là encore, il renonce. «Baisser le nombre d’animaux et donc la production laitière, alors que j’avais encore des emprunts à rembourser, ce n’était pas le bon calcul.»

Un modèle qui a vu le jour en Israël

Au hasard de recherches sur Internet, il découvre alors la technique de la litière malaxée et compostée. «C’est un modèle qui a vu le jour en Israël puis qui a été adapté dans les pays scandinaves, en Autriche et en Suisse. Plus récemment, des Espagnols l’ont aussi adopté avec succès. Comme le climat basque espagnol s’apparente un peu à celui d’ici, j’ai décidé moi aussi de tenter l’expérience.» Un essai transformé, dont il a témoigné devant une quarantaine d’éleveurs lors d’une journée technique organisée par Landes Conseil Élevage sur son exploitation en mars dernier.

«Dans ce système innovant, on malaxe quotidiennement la litière avec une herse ou un rotavator avant de rajouter de la matière afin d’obtenir une zone de couchage sèche et homogène, indique François Carrère, ingénieur lait pour les chambres d’agriculture des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. Intéressant pour les grands troupeaux en stabulation libre, ce modèle permet de faire des économies de paille. Mais il demande de l’attention et un suivi régulier. Il s’agit de trouver un bon compromis entre quatre axes : le nombre de mètres carrés par vache, le nombre de mètres cubes de matière – que ce soit de la paille, de la sciure, des copeaux ou des résidus végétaux – l’hygrométrie et la très bonne ventilation du bâtiment.»

Économie de paille

Disposant d’un bâtiment inversé, avec la table d’alimentation couverte côté Ouest et la litière ouverte côté Est, Fabien Darrieutort partait déjà avec un sacré atout. «Cela permet d’assécher la litière naturellement.» Mais son premier essai d’implantation n’a pas été concluant. «Le démarrage demande beaucoup d’attention. Il faut mettre une quantité de paille suffisante lors de la création du matelas et surtout ne pas commencer à le faire en période humide.» La deuxième tentative a été la bonne. En janvier 2017, avec des températures basses, des gelées et un temps séchant, il commence à former son lit de paille. «Durant trois semaines, j’ai rajouté de la paille chaque jour à raison de 8 à 10 kilogrammes par vache. Puis, quand le matelas a été assez épais, j’ai commencé à passer le rotavator tous les jours.»

Tous les matins, pendant que les 130 vaches sont à la traite, il travaille superficiellement la litière sur 10 à 20 centimètres de profondeur. «Ce malaxage quotidien superficiel permet de placer les déjections dans la couche inférieure et aide ainsi le processus de compostage», analyse François Carrère. Une demi-heure à une heure après le mélange du fumier, l’éleveur rajoute de la paille broyée au hacheur défibreur pour une meilleure absorption. «En période hivernale, j’en mets tous les jours mais en période estivale, quand les vaches couchent dehors, j’arrête carrément le paillage.» Les économies de paille sont substantielles. «En hiver, pour mon bâtiment de 800 m2, j’en mets un tiers de moins que ce que j’utilisais auparavant. Je suis ainsi passé de 900 à 600 kg par jour. Et en été, j’apporte seulement 300 à 600 kg par mois.»

Des animaux en meilleure santé

Et ce n’est pas le seul avantage qu’a pu constater Fabien Darrieutort. «Mes animaux vont beaucoup mieux. Les problèmes de mammites ont considérablement diminué. La preuve : dès la première année, mes frais vétérinaires liés aux antibiotiques intra-mammaires ont chuté de 3.300 euros ! J’ai plus de vaches qui vieillissent, moins de renouvellement. Aujourd’hui, je peux trier les animaux dont j’ai besoin alors qu’auparavant, les réformes étaient un peu subies.»

En termes de temps de travail, Fabien Darrieutort passe 20 minutes par jour à malaxer et 20 minutes supplémentaires à pailler (en période hivernale). «Mais grâce à la baisse du nombre de mammites et à des animaux plus propres, c’est assez vite gagné sur les deux traites quotidiennes.» D’autant que le système nécessite également moins de curages. Depuis deux ans, l’éleveur ne l’a pas fait une seule fois, alors qu’auparavant il curait toutes les semaines ou tous les quinze jours !

«Il y a encore peu de retour sur l’application de cette technique en France, note François Carrère. Il y a donc encore des paramètres à valider, concernant la fréquence des curages et du rajout de matériau, le type de litière le plus adapté, la façon de la malaxer… Mais ce qui est sûr, c’est que ce modèle demande d’être suivi avec beaucoup d’attention». Fabien Darrieutort confirme : «Le plus important, c’est de ne jamais se laisser dépasser par l’humidité et de toujours avoir une litière sèche.»

Cécile Agusti
 

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