A65 : un dossier avant tout foncier
L'inauguration - avec trois mois d'avance - de l'échangeur de Lescar préfigure la mise en service, prévue le 16 décembre 2010, de la très attendue autoroute A65 entre Pau et Langon : chantier dont la réalisation aura nécessité de l'énergie, de la mobilisation et du foncier.
Stocker des terres pour compenser
De Langon (33) à Lescar (64), l'A65 trace un profond sillon dans les terres qu'elle traverse. Consommateur d'espace (de l'ordre de 13 ha du kilomètre), le tracé grignote ainsi de la surface à l'agriculture régionale et impacte directement, mais à des degrés divers, les exploitations agricoles traversées. Cet impact s'avère très limité dans la partie girondine car l'ouvrage est essentiellement situé en zone forestière. En revanche, dans les Landes et a fortiori en Béarn, du fait de l'omniprésence agricole, l'enjeu de la limitation et de la compensation des pertes apparaît vital. D'où l'intérêt du stockage de foncier confié, par le biais de conventions, à la Safer Aquitaine-Atlantique.
256 hectares de SAU stockés en Béarn
Dans sa partie béarnaise, l'A65 traverse 19 communes. Pour limiter son impact, deux conventions de constitution de réserves foncières ont été signées entre la Safer et le conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Afin de compenser les pertes occasionnées aux exploitations, la première convention prévoyait que la Safer achète toute parcelle agricole dans la commune impactée (et celles à proximité). Le conseil général assurait de son côté la prise en charge des frais financiers du stockage. Stockage qui a été initié en 2003.
La seconde convention était destinée à permettre aux collectivités de mobiliser du foncier à des fins de développement local. « La Safer a ainsi acquis et mis en réserve, tout au long du tracé, 256 hectares de SAU », souligne le directeur départemental, Éric Pénac. « À une exception près, précise-t-il, l'ensemble des collectivités concernées a décidé de réaliser sur leur territoire des procédures d'aménagement foncier ». À l'issue de ces procédures, l'essentiel du stock constitué a été positionné sous l'emprise de l'ouvrage « venant ainsi réduire significativement le prélèvement sur l'ensemble des exploitations ».
L'action de la Safer a ainsi consisté à mener des négociations amiables auprès d'une centaine de propriétaires et exploitants agricoles.
Au terme des procédures d'aménagement foncier, elle a assuré la cession au GIE A65 de 180 ha situés sous l'emprise de l'ouvrage. 4 ha ont été cédés aux ASF sous l'emprise de l'échangeur de Lescar. 10 ha ont été cédés à 4 agriculteurs en compensation de l'emprise. 66 ha ont été cédés aux deux communautés de communes de Garlin et Thèze, en vue de la réalisation de zones d'activités. 4 ha ont été attribués à deux autres communes (Garlin et Miossens) pour des projets de développement local. À noter, enfin, la restructuration, par échange amiable, de 6 exploitations agricoles.
Au final, même si « on aurait pu certes faire mieux dans certains cas en matière d'aménagement » Pierre Ménet, président du comité technique Béarn de la Safer tire un « bilan largement positif » de l'opération. Et il salue l'implication du conseil général pour « l'anticipation du stockage ». Cette stratégie aura permis d'avoir un réel « effet réparateur » qui s'est concrétisé par endroits par « une compensation intégrale ».
Près de 195 hectares dans les Landes
Dans les Landes, « les stockages ont été réalisés dans le cadre d'une convention signée entre le 8 mars 2007 par la Safer et le GIE A65 », rappelle le directeur départemental Bruno Lacrampe. 28 acquisitions ont ainsi été réalisées pour un total de surfaces de 194 ha 52 a 81 ca. « Le premier stockage a été effectué à Aire-sur-l'Adour (un peu plus de 17 ha), le 15 avril 2002, dans le cadre d'une convention État/Safer mise en place pour la déviation d'Aire-sur-l'Adour (déviation nord/sud) » précise M. Lacrampe. Les autres acquisitions se sont réparties entre le 20 avril 2007 (Saint-Gein) et le 21 avril 2009 (Latrille).
Le directeur landais rappelle par ailleurs que 6 périmètres d'aménagement foncier agricole et forestier ont été mis en place : quatre périmètres en exclusion d'emprise, un périmètre en inclusion d'emprise et une extension d'un périmètre en inclusion d'emprise situé en Pyrénées-Atlantiques. Dans ces six périmètres, 56 ha 34 a 31 ca ont servi de compensations directes de l'emprise (parcelles localisées sous le tracé). Le solde des surfaces stockées (soit 138 ha 18 a 50 ca) a permis de compenser 11 exploitations impactées par l'ouvrage.