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L’avenir des métiers agricoles en 2030 en quatre scénarios

Le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture a publié en décembre sa vision des évolutions possibles des métiers des filières agricoles qui seront enseignés en 2030, à travers quatre scénarios. Tous prennent en compte un certain nombre d’invariants, comme l’urbanisation de la société française ou la révolution digitale, et fluctuent en fonction du rythme de la croissance économique, des politiques qui soutiennent ou non le verdissement et imposent des normes plus ou moins strictes en matière de travail, environnement, urbanisme ou santé.

file-L’enseignement doit anticiper les évolutions des métiers des filières agricoles pour adapter les formations.
L’enseignement doit anticiper les évolutions des métiers des filières agricoles pour adapter les formations.

Deux scénarios plutôt négatifs se distinguent ainsi, le premier aboutissant à un marché de l’emploi régionalisé et ubérisé. Conséquence d’une concentration de la population dans les grands pôles urbains, les inégalités territoriales se creusent et la faible croissance limite les budgets disponibles. Les Français consomment “responsable” mais pour optimiser leur budget, ont recours aux plateformes numériques qui font pression sur les distributeurs et qui entraînent un développement de l’automatisation et une segmentation des emplois.

Dans ce contexte, l’enseignement technique n’est pas valorisé. L’agriculture et l’agroalimentaire perdent des effectifs, les agriculteurs doivent faire preuve de nouveaux savoir-faire managériaux et ont un besoin croissant d’accompagnement technique. De leur côté, les métiers de l’environnement et de l’économie verte progressent.

Les Régions prennent le relais

Deuxième scénario plutôt négatif, celui d’une compétitivité tirée par la robotisation, la bipolarisation et l’individualisme. Bénéficiant de la tertiarisation de l’économie et du télétravail, les Français sont plus nombreux à retourner vivre dans une campagne qui doit rester conforme à leur idéal. Les achats locaux sont, là aussi, plébiscités par le biais de plateformes numériques. Les politiques publiques réduisent leur soutien à l’agriculture, ce qui pousse les Régions à prendre le relais et entraîne une spécialisation territoriale.

La faible croissance incite peu les entreprises à investir dans le capital humain, et les jeunes se spécialisent au maximum dans des filières d’excellence. Un coût élevé du foncier agricole favorise le recours aux capitaux extérieurs dans de grandes structures, même si se maintiennent des exploitations plus modestes dont certaines sont très intégrées à l’aval ou dépendantes de financeurs. La part du salariat progresse pour les tâches peu mécanisables, grâce à une main-d’œuvre précarisée et bon marché.

Une agriculture multifonctionnelle

Parallèlement à ces scénarios peu engageants pour les métiers agricoles, le centre de prospective présente également deux scénarios qu’il juge plus optimistes. L’un, conséquence de la décentralisation, prévoit un soutien fort à l’agriculture via les Régions qui favorisent le maintien en milieu rural et tiennent à une politique agricole associant des objectifs alimentaires et sociaux.

Les transitions écologiques et numériques sont effectives, favorisant les formations centrées sur le vivant, la gestion durable, les écosystèmes. L’agriculture est multifonctionnelle : vente de produits, éducation au vivant et services environnementaux, dans un cadre où les normes sociales et environnementales sont renforcées. Les métiers de la formation et du conseil se développent également pour accompagner les transitions.

Et malgré un niveau de qualification moyen qui s’accroît, les métiers techniques restent valorisés car alliant expertise, sens éthique et appréhension systémique des problèmes. Les emplois du secteur agricole et forestier résistent d’ailleurs d’autant plus que les modes de production intensifs en main-d’œuvre sont plébiscités, comme l’agroécologie ou l’agriculture biologique.

Partage, sens du collectif

Enfin, le dernier scénario plus positif repose sur la collaboration et le partage. L’agriculture y est davantage absorbée par la ville, à travers le péri-urbain mais aussi les fermes urbaines, jardins collectifs… La politique de réduction des inégalités instaurée par l’État favorise le collectif, ce qui est visible dans l’organisation du travail qui développe les emplois partagés, les systèmes coopératifs de compétences, etc.

L’agriculture et la forêt bénéficient de ce dynamisme : les exploitations continuent de s’agrandir en se pluri-spécialisant dans un système élargi d’économie circulaire. Ainsi, les profils d’experts s’allient pour une approche intégrée et systémique de la production. Le conseil et la formation appuient des exploitants de plus en plus diplômés à travers des expertises essentiellement non agricoles, comme le marketing, le management, le juridique…

Si ces scénarios s’avèrent éclairants pour les métiers agricoles, il s’agit surtout d’observer le cheminement et non la cible, pour finalement mieux gérer le présent, estime le centre d’études et de prospectives.

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