reussir

LE SILLON l'hebdomadaire agricole et rural des pays de l'Adour

Petites annonces
journaux

115 €/an ou 163 €/an
Sillon + 1 revue Réussir

Mis à jour le 16 mai 2012 à 17:15 

Météo



pour ne rien manquer

journaux

Abonnez-vous : 115 €/an ou 163 €/an Sillon + 1 revue Réussir au choix

Publié le : 14.10.2011

Une réforme de la PAC repeinte en vert

En présentant ses propositions législatives pour la future PAC, le commissaire européen à l’agriculture a insisté sur la dimension écologique de la nouvelle PAC. 30 % des paiements directs seront soumis à des pratiques culturales qui préservent l’environnement.

Le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, a présenté le 12 octobre, ses propositions définitives pour la PAC d'après 2013. © Commission européenne

Un nouveau partenariat entre l’Europe et les agriculteurs Â» : telle est, selon Dacian Ciolos, l’ambition des propositions de réforme de la PAC que la Commission de Bruxelles a officiellement approuvées et présentées le 12 octobre.

Le projet du commissaire, qui a été adopté à l’unanimité de ses collègues, entend répondre à trois défis, la sécurité alimentaire de l’Union européenne, la protection des ressources naturelles et le développement des territoires. « On ne peut parler de compétitivité économique sans parler de compétitivité écologique » a pour sa part insisté Dacian Ciolos.

Mien en œuvre en 2014

Aussi les mesures proposées qui s’appliqueront à partir de 2014 visent, à la fois, à assurer la compétitivité de l’agriculture et donc le revenu des agriculteurs tout en intégrant des contraintes environnementales : le maintien de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique…

En outre, explique la Commission, les préoccupations se sont déplacées de la simple compétitivité de l’agriculture la question de l’instabilité des marchés agricoles et de la volatilité des prix et des revenus.

Aujourd’hui, observe-t-elle, les risques pour l’agriculture européenne viennent non seulement des aléas météorologiques, mais aussi des risques sanitaires et de l’instabilité des prix auxquels il faut apporter une réponse.

Une aide de base à l’hectare

Bref ce sont toutes ces exigences, parfois contradictoires, que le projet de Ciolos tente de concilier. Pour commencer, il sera accordé à tous les agriculteurs et dans toute l’Union européenne une aide de base à l’hectare à partir de 2014.

Cette aide explique Yves Madre, membre du cabinet de Dacian Ciolos, est destinée à compenser l’écart de coût de production entre l’Union européenne et les pays tiers, tout en permettant aux agriculteurs de rattraper le revenu moyen des autres catégories professionnelles. Le revenu moyen des agriculteurs étant en effet 40 % inférieur au revenu moyen européen.

Conditionnalité renforcée

Mais pour marquer la dimension écologique de la nouvelle PAC, 30 % des aides directes seront conditionnées à des pratiques culturales obligatoires. Ainsi les agriculteurs devront s’engager à maintenir les prairies permanentes, à favoriser la diversité des cultures, trois cultures au minimum sur l’exploitation, dont la principale ne devra pas dépasser 70 % des surfaces et à consacrer un minimum des surfaces à des réservoirs écologiques.

Il sera, ainsi, exigé que 7 % des terres arables soit dédiés à la conservation des haies, murets, des jachères, des bosquets ou à des parcelles présentant un intérêt écologique.

Outils de régulation

Et pour ce qui est de la lutte contre la volatilité des prix, le commissaire a insisté sur la mise en place d’un filet de sécurité quand les prix baissent grâce au maintien de l’intervention publique et la mise en œuvre du stockage privé.

Mais la mesure la plus novatrice est certainement le feu vert donné à la création d’outils assurantiels et de fonds mutuels qui bénéficieront du concours de l’Union européenne, si de leur coté les agriculteurs acceptent de faire un effort « en épargnant quand les cours sont bons ».

Les plus du deuxième pilier

Dacian Ciolos a également insisté sur la nécessité de renforcer l’organisation des producteurs dans les filières face aux industriels et aux distributeurs et de donner davantage de poids aux interprofessions. Y compris en clarifiant les règles de la concurrence.

Quant au deuxième pilier de la PAC, des aides cofinancées par les Etats et le budget européen pourront servir « à faire plus » en matière environnementale pour préserver les écosystèmes, l’agriculture biologique, la lutte contre le changement climatique, à favoriser le développement des zones rurales, des zones de montagne ou défavorisées, les transferts de compétence et l’innovation.

Concrètement, un supplément d’aide directe sera accordé aux jeunes agriculteurs pendant les cinq premières années. Les niveaux d’aides seront également plus importants pour les investissements réalisés par les jeunes. En outre, des aides supplémentaires à l’hectare pourront être octroyées aux zones défavorisées.

Un souci de simplification

Mais le commissaire a surtout insisté sur la simplification de la PAC, « le fil conducteur de cette réforme ». En ce sens il sera accordé une aide forfaitaire à tous les petits agriculteurs qui le demandent, y compris en France où ils représentent 15 % des exploitants. Idem pour la conditionnalité des aides qui est, bien entendu, maintenu mais dont les mesures imposées jusqu’à présent seront réduites et simplifiées.

Ce souci de simplification va jusqu’aux contrôles notamment en reconnaissant les différents dispositifs mis en place par les différents Etats membres quand ils sont considérés comme efficaces et en les autorisant à les alléger.

C’est à partir de ces propositions que les discussions vont se polariser au Parlement européen et entre les Etats membres. Le premier échange aura lieu au Conseil des ministres de l’Agriculture, le 20 octobre à Luxembourg. L’objectif étant de parvenir à un accord avant 2014. Les négociations s’annoncent ardues.

Les réactions au propositions de Bruxelles

La déception de la FNSEA

« Poursuivre une PAC qui abandonne la quasi-totalité de ses capacités de gestion des marchés et de réponses aux crises, qui sacralise et pose en dogme le découplage total des soutiens et leur convergence, qui augmente le poids de la conditionnalité par un verdissement très conséquent n’est pas de nature à améliorer la compétitivité de nos productions et filières, ni à ajuster la PAC aux objectifs du G20 pour répondre au défi alimentaire du 21e siècle » estime la FNSEA dans un communiqué.

La centrale syndicale de Xavier Beulin déplore également qu’aucune assurance ne soit donnée sur le montant du budget et redoute que le financement de la PAC soit victime de coupes sombres liées à la crise financière actuelle. Ceci étant, la FNSEA espère que « des évolutions significatives » pourront être apportées sur le verdissement, la convergence nationale « qui demande du temps » et la convergence européenne « qui ne saurait être disjointe de la parité des pouvoirs d’achat entre les pays membres de l’Union européenne ».

Des améliorations à apporter pour Bruno Le Maire

Avant le conseil des ministres de l’Agriculture du 20 octobre où un premier tour de table sera effectué sur le projet de la Commission européenne, le ministre français de l’Agriculture a tenu à insister sur les points suivants. S’agissant de la redistribution des aides entre les Etats, « celle-ci doit être soutenable et équitable et tenir compte de la situation de chacune des agricultures européennes ».

Sur le verdissement, celui-ci « doit être simple et incitatif (…). Il doit tenir compte de la situation économique des exploitations ». Ce qui ne semble pas être le cas, estime le ministre de l’Agriculture.

Sur la convergence des aides au sein de chaque État membre, Bruno Le Maire plaide « pour qu’une large flexibilité dans les modalités comme dans le calendrier » soit laissé à chaque État « pour mener à bien le processus ». Sauf à le mettre en péril.

Et quant à la régulation des marchés, si la Commission fait des propositions en matière de gestion de risques « qui méritent d’être examinées », le ministre déplore l’abandon des outils de maîtrise de la production qui ont fait leur preuve, dans la viticulture ou le sucre, notamment.

Des propositions inacceptables pour la FNB

Forte déception également de la Fédération nationale bovine qui considère que le projet du commissaire Ciolos est « totalement inacceptable ». D’abord à cause de l’impasse qui est faite sur les mécanismes de régulation des marchés, et la fixation de seuils d’intervention fixés à des niveaux « ridiculement » bas.

Surtout la FNB dénonce le projet de suppression de la prime à la vache allaitante. « Cette suppression, si elle devait être confirmée, serait un acte économique et politique particulièrement négatif pour l’élevage ». En outre,« le projet actuel ne prévoit qu’un hypothétique recouplage dans des conditions qui ne garantissent ni le maintien des crédits communautaires, ni les crédits nationaux » observe-t-elle.

Sans parler de la suppression des zones ICHN sur une large part de territoires occupés par le troupeau allaitant et la remise en cause annoncée de la PHAE. C’est la raison pour laquelle la FNB en appelle au président de la République pour « infirmer ces propositions, qui en l’état signeraient le sacrifice de l’élevage bovin viande ».