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Publié le : 09.12.2011

Opération séduction de la filière veaux sous la mère

La filière veaux sous la mère est toujours en quête de producteurs. Grâce à de nouveaux modes d’élevage et de logement, elle peut s’appuyer sur une réduction de l’astreinte et de la pénibilité du travail. Exemple sur le terrain à Castelnau-Tursan (Landes), chez Stéphane Dupouy.

« En dix ans, nous avons perdu trois cents lieux de commercialisation, observe Francis Rousseau, animateur de l’association (notre photo en médaillon). Cette baisse est liée à une incapacité à satisfaire les débouchés ».

Ces derniers temps, l’élevage bovin allaitant fait surtout parler de lui pour ses déboires. Tout n’est pas sombre pour autant. Certaines filières conservent de beaux arguments pour séduire les éleveurs. C’est le cas notamment de la production de veaux sous la mère qui dispose d’un débouché intéressant. Vendredi 25 novembre, son association de promotion a proposé une opération « 4 heures chrono pour l’installation en veaux sous la mère ». Elle était organisée au sein de l’élevage de Stéphane Dupouy, à Castelnau-Tursan, dans les Landes.

La production de veaux sous la mère labellisés souffre d’un cruel déficit. Rien de nouveau. Cette information revient de manière récurrente sur le devant de la scène. Même les difficultés rencontrées par le marché des veaux maigres (broutards) n’ont pas été de nature à inverser la tendance.

Moins d’astreinte

Aujourd’hui, le manque de volume affecte jusqu’aux points de vente. « En dix ans, nous avons perdu trois cents lieux de commercialisation, observe Francis Rousseau, animateur de l’association. Cette baisse n’est pas liée à un désintérêt autour du produit, mais au contraire à une incapacité à satisfaire les débouchés. Pourtant, la production ne demande qu’à se développer ».

Depuis plusieurs années, les responsables de la filière sont donc partis en croisade afin de dénicher de nouveaux producteurs. Ils disposent pour cela d’un argument de poids : la valorisation des animaux. Avec des valeurs comprises entre 7 euros et 8,50 euros par kilogramme carcasse, les meilleurs veaux labellisés affichent des prix à faire pâlir beaucoup d’éleveurs. « À condition de maîtriser parfaitement la qualité des produits ainsi que les périodes de vente », prévient Francis Rousseau.

Une production exigeante

En effet, la sanction du marché est impitoyable pour les veaux qui ne présentent pas des couleurs claires. Les prix sont également en retrait durant la période estivale. « Dans cette filière, la rentabilité du capital est remarquable (sans doute la plus élevée de toutes les productions allaitantes). À résultats équivalents, les troupeaux et les installations sont de taille plus réduite », poursuit l’animateur.

Malgré la garantie d’un débouché, quels sont donc les freins qui limitent le développement de cette filière ? L’astreinte liée à l’élevage des veaux et à la tétée principalement. C’est là le nœud du problème. La nécessité de faire téter les veaux matin et soir constitue à la fois la spécificité et le principal handicap de cette production. Elle implique des contraintes importantes. Mais les choses évoluent.

Des ateliers plus modernes

Avec le passage au logement collectif des animaux en 2004, de profondes modernisations ont été apportées au sein des ateliers. Désormais, de nouveaux modes de logement permettent d’améliorer sensiblement la conduite des animaux et de simplifier les conditions de travail : salle de tétée compartimentée, à logettes alternées… Aujourd’hui, la filière semble en mesure d’attirer de jeunes éleveurs, qui aspirent à travailler dans de bonnes conditions et à disposer de temps libre. Mais elle n’est pas adaptable à toutes les exploitations. En revanche, elle peut permettre d’accroître la rentabilité des petites et moyennes structures ou assurer une diversification efficace.

La rencontre organisée vendredi 25 novembre a permis au responsable de la filière veaux sous la mère et aux acteurs de l’installation de sensibiliser d’éventuels candidats à cette production. Des étudiants du Legta de Montardon étaient présents. « Pour répondre correctement à la demande, il faudrait augmenter la production de 4 à 5 %, mais aussi compenser les départs, conclut Francis Rousseau. Ainsi, la filière est à la recherche de près d’un millier d’éleveurs supplémentaire ».

Fabien Brèthes

Un déficit de production structurelLa production de veaux de lait élevés sous la mère est typique au Sud-Ouest de la France. Elle est localisée dans une vingtaine de départements. Chaque année, le nombre de veaux produits fond, tout comme celui des producteurs. 6.000 éleveurs de veaux sous la mère sont dénombrés actuellement, dont 4.500 engagés dans une filière de qualité, organisée label rouge. 70.000 veaux sont produits par an, 50.000 d’entre eux le sont sous cahier des charges label rouge et 30.000 sont effectivement labellisés (pour pouvoir être labellisée, une carcasse doit être destinée à un distributeur qualifié en schéma de qualité label rouge).
Le déficit de production s’accentue d’année en année (- 3 % à - 5 % par an), car le nombre d’installations est insuffisant pour compenser les départs à la retraite. En outre, cette pénurie de produit est particulièrement aiguë durant l’hiver, période où la production est au plus bas, alors que la consommation de viande de veau est à son plus haut niveau.

"Une production accessible..."

Il fait partie de cette catégorie de jeunes éleveurs que la filière veaux sous la mère a réussi à intéresser. Stéphane Dupouy a repris l’exploitation familiale il y a deux ans à peine, sur les hauteurs de Castelnau-Tursan, dans les Landes. La structure compte aujourd’hui un peu plus de soixante hectares de surface, dont plus de la moitié est cultivée en maïs grain irrigué. Une trentaine de vaches Blonde d’Aquitaine et leur renouvellement composent le troupeau.

Son choix de la production de veaux sous la mère a été dicté, avant tout, par sa passion pour les bovins. Le potentiel de rentabilité a fini de faire pencher la balance. « Pour s’engager dans cette production, je crois qu’il faut aimer les animaux. On est amené à passer du temps à leur contact », commente-t-il. Afin de pouvoir s’engager dans cette filière, le jeune éleveur a donc repensé en profondeur son système de production. L’ancien bâtiment d’élevage a été transformé en salle de tétée, équipée de cages collectives, et en box d’engraissement. Pour loger le troupeau, une stabulation libre a également été construite à proximité. « C’était le moment de s’engager dans ce marché de niche car il garantit un débouché et un niveau de prix intéressant », explique-t-il.

De nouvelles façons de travailler

Deux ans après son installation et une trentaine de veaux sous la mère plus tard, Stéphane dresse un bilan positif de sa reconversion. Il relativise le travail d’astreinte et la pénibilité. « C’est vrai que cette production demande du temps, mais il y a de nouvelles façons de travailler. Avec les équipements actuels, c’est beaucoup plus facile. La tétée consiste surtout à surveiller les veaux… On peut facilement se faire remplacer », souffle Stéphane Dupouy.

Au quotidien, la qualité des animaux est une préoccupation essentielle du jeune éleveur. Pour assurer l’autonomie en lait et compenser l’aptitude laitière insuffisante des Blondes d’Aquitaine, des « tantes » de race Normande sont venues compléter le troupeau. « La génétique est également très importante », note-t-il. Aujourd’hui, Stéphane souhaite travailler sur le désaissonnement de sa production, afin d’atteindre son régime de croisière. « Il ne faut pas avoir peur de se lancer car il y a un vrai potentiel », conclut-il. Selon lui, l’élevage de veaux sous la mère est « une production accessible… »

Fabien Brèthes